Voici l’extrait d’un article publié pour le compte du blog territorial :
« Moins d’un an après le vote de la loi portant engagement national pour l’environnement du 12 juillet 2010, pas moins de 197 décrets sont en préparation pour en préciser la mise en œuvre opérationnelle. Dans la continuité des avancées de la loi SRU, le rôle des collectivités territoriales en matière d’urbanisme a été conforté. Si le Code de l’Urbanisme s’est encore étoffé, cette réforme semble pour l’instant laisser de côté la question de l’aide à la décision et de l’expertise en urbanisme, communément appelée « ingénierie territoriale ». Sous la houlette du secrétaire d’Etat chargé de l’urbanisme, Benoist Apparu, le chantier de l’urbanisme de projet a pourtant été lancé. Il s’agit de privilégier les démarches de projets qui devront primer sur les règlements et non plus l’inverse. Finies les gestions réglementaires où l’urbanisme est réduit à un portefeuille thématique des services techniques ? Révolues les gouvernances insulaires et la pensée restrictive de l’urbanisme municipal ? Obsolète le modèle de la ville extensive porté par un urbanisme en conquête de foncier et de VRD ? »
Lire la suite [+]

« La ville est la plus complète et la plus réussie des entreprises de l’Homme de refaire le monde à l’image de ses désirs. Mais, si la ville est le monde que l’Homme créé, elle est aussi le monde dans lequel il est condamné de vivre. Ainsi, indirectement, et sans pleinement connaître le sens de son action, en faisant la ville, l’Homme se change lui-même » Robert Park, On Social Control and Collective Behavior, 1967

Voici un court passage, autant pertinent qu’amusant, extrait d’un échange avec David Harvey lors de sa venue à Paris pour une conférence à l’école d’architecture de Belleville. L’intégralité de l’entretien, traduit en français, est accessible ici. Le passage choisit est une réponse à une question de la salle ainsi formulée : “Dans un de vos récents livres, vous dites : ‘Après le capitalisme, l’espace urbain : une utopie nécessaire’. Qu’entendez-vous par là ?” Une réponse fort éloquente qui nous interroge sur nos manières de penser et de faire la ville…

“Une des anecdotes que je raconte dans ce livre s’est déroulée alors que je présidais un jury en Corée du Sud. La discussion était dominée par deux architectes qui discutaient avec emphase : ils comparaient le pouvoir du carré et du cube, qu’ils opposaient à celui du cercle et de la boule.
Au bout d’un moment, je suis intervenu pour dire qu’on devrait peut-être s’intéresser à d’autres questions. Qu’il fallait concevoir la ville en prenant en compte d’autres éléments que cette question de carré et de cercle. Par exemple : quelle sorte de relation à la nature proposaient ces constructions ? Quelles technologies étaient utilisées ? Quelles formes d’organisation ? Et puis, quelles sortes de relations sociales étaient mises en avant ? Quels systèmes de production ? Quel rapport à l’espace ? Quelle vie quotidienne ? Quelles conceptions mentales ?
J’ai tenté d’insister sur le fait qu’aucun de ces éléments n’était indépendant. Que chacun influait sur l’autre. La ville ne devrait pas être vue comme un produit fini mais comme un processus.
À la fin de la discussion, l’un des deux architectes est intervenu pour dire qu’il trouvait tout ça vraiment intéressant. Et que – pour lui – il y avait un point primordial, celui des conceptions mentales, parce qu’il permettait de revenir sur l’opposition du cercle et du carré… Que voulez vous faire face à ça ? J’ai des amis architectes, et parfois ils me rendent fous…
Bref, cet architecte m’a ensuite demandé d’où était issu le schéma utilisé, si j’en étais le concepteur. Je lui ai répondu qu’il était tiré du Capital de Marx…
Cette interdépendance des éléments ne concerne évidemment pas que les conditions d’urbanisme. Par exemple, on ne peut imaginer résoudre le problème du changement climatique sans agir à tous les niveaux, du mode de production à la vie quotidienne, du rapport à la nature aux conceptions mentales. C’est une forme d’utopisme dialectique. Pour résoudre un problème, il faut parcourir absolument tous ces aspects, n’en négliger aucun. La transition du capitalisme au socialisme implique cette approche ; ça a déjà été le cas au moment du passage du féodalisme au capitalisme.
Cette conception peut servir de cadre dans un projet de changement urbanistique. Par exemple, si je veux changer les conceptions mentales liées à la ville, je dois solliciter tous les autres domaines, les parcourir scrupuleusement.“
David Harvey
Voici la première partie d’un entretien avec Sandrine Gueymard, lauréate du prix Aydalot 2010, que j’ai mené dans le cadre de mes responsabilités auprès de l’association Urba+. Il est particulièrement éclairant quant aux enjeux et perspectives offertes par la recherche sur les nouvelles formes d’inégalités, en l’occurrence sur les inégalités environnementales. N’hésitez pas à prolonger la lecture de cet extrait en suivant le lien vers le site de l’association (voir en fin de post).

“Le 28 juin dernier, l’Association de Science Régionale de Langue Française (ASRDLF) récompensait à l’unanimité la thèse de Sandrine Gueymard intitulée « Inégalités environnementales en région Ile-de-France : Répartition socio-spatiale des ressources, des handicaps et satisfaction environnementale des habitants » soutenue sous la direction de Jean-Pierre Orfeuil et Guillaume Faburel du LAB’URBA (Institut d’Urbanisme de Paris). C’est avec grand plaisir qu’Urba+ a pu s’entretenir avec notre lauréate.
L’appel à une pensée renouvelée des inégalités territoriales
A l’heure où se discutait encore la loi dite « Grenelle II » devant le parlement, Sandrine Gueymard nous confiait quelques explications quant à l’intérêt émergeant pour les questions socio-environnementales en France. Selon elle, il est difficile d’identifier un élément déclencheur mais il est certain qu’un certain nombre de dynamiques conjointes y ont participé : prise de conscience à différentes échelles des enjeux environnementaux et des impératifs écologiques ; multiplication des crises environnementales venant alimenter des revendications et conflictualités à l’échelle des territoires ; mise à jour de situations cumulatives entre handicaps, contraintes environnementales et disqualification sociale de l’espace ou encore affirmation des ségrégations résidentielles dans leurs relations à l’environnement ; manifestation, dans un contexte de compétitivité accru, d’un intérêt grandissant des pouvoirs publics pour l’amélioration du cadre de vie et la qualité de vie…
Toutefois, si la dimension sociale des problèmes d’environnement ou encore l’« Environmental Justice » a donné lieu à de nombreux travaux dans les pays anglo-saxons depuis une vingtaine d’années, l’appréhension de la dimension environnementale des phénomènes de ségrégation spatiale fait l’objet en France d’un intérêt encore très récent. Ces manques identifiés dans la littérature scientifique participent aujourd’hui à une effervescence nouvelle autour du vocable d’inégalités environnementales.
Ce thème invite à explorer les liens entre la qualité de l’environnement et la spécialisation sociale de l’espace. Au croisement de champs de recherche et de disciplines longtemps demeurés distincts, cette problématique interroge ainsi directement les outils et méthodes d’évaluation traditionnellement mobilisés pour l’analyse territoriale et l’étude des phénomènes urbains [...]“
La suite sur le site de l’association Urba+